Les premiers répondants sont rétrogradés

Les premiers répondants sont rétrogradés

sophie@theequity.ca
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La province de Québec a effectivement mis sur la touche ses premiers répondants. 

Depuis septembre, de nouvelles règles de Santé Québec signifient que les répartiteurs ont cessé de déployer les premiers répondants lors d’appels où il n’y a pas de danger immédiat évident pour la vie de l’appelant. 

Selon un reportage de Radio-Canada la semaine dernière, les situations médicales ne justifiant plus l’intervention des premiers répondants pourraient inclure des conditions liées à une chute, une respiration anormale, une intention suicidaire ou l’activation de dispositifs d’alerte médicale — des situations où il y a toujours un risque que la condition s’aggrave, mais où le répartiteur estime, au téléphone, qu’aucune intervention de premiers secours ne pourrait améliorer les taux de survie. Pas de panique, cependant, la province a fixé 30 minutes comme objectif de temps de réponse pour les blessures ne mettant pas la vie en danger. 

Donc, si vous êtes tombé et que vous avez mal, ou que vous êtes incapable de vous relever, mais qu’un répartiteur a déterminé que vous n’êtes pas sur le point de mourir, vous allez attendre au moins 30 minutes. Que se passe-t-il si vous vous êtes cogné la tête et que vous ne l’avez peut-être pas réalisé ? Ou si vous avez une douleur à la poitrine, ou avez du mal à respirer, mais que vous n’en connaissez pas la cause ? 

Autant que nous aimerions faire semblant du contraire, la plupart d’entre nous ne sommes pas des professionnels de la santé capables d’évaluer correctement la gravité de nos propres conditions. Communiquer la nature exacte de la douleur est difficile, et rend les gens vulnérables à l’interprétation des répartiteurs. 

L’ambiguïté de ce processus était auparavant traitée en envoyant des premiers répondants sur les lieux pour effectuer une évaluation adéquate en personne en attendant l’arrivée d’une ambulance. Non, ces personnes ne sont pas des médecins, mais elles sont formées en premiers soins avancés et peuvent faire beaucoup pour aider à stabiliser une personne, la calmer, recueillir plus d’informations sur son état et effectuer des premiers soins critiques si nécessaire. 

De nombreux premiers répondants sont des bénévoles. Ce sont des personnes prêtes à laisser tomber ce qu’elles font et à se présenter aux côtés d’un voisin pour l’aider à traverser un moment difficile. Et maintenant, la province dit à ces personnes de ne pas intervenir dans toutes les situations, sauf les urgences mettant la vie en danger. 

Et que dire de cet objectif de réponse d’ambulance de 30 minutes ? Selon le CISSSO, le temps d’attente moyen pour les appels de priorité 1 à Thorne au cours des deux dernières années est de 23 minutes. Mais la semaine dernière, THE EQUITY a publié un article sur une mère de Thorne qui a attendu 45 minutes l’arrivée d’une ambulance après que son fils ait commencé à avoir des crises. Thorne est actuellement sans service de premiers répondants, mais s’il en avait eu un, aurait-il été utilisé dans ce cas ? Et comment les résidents peuvent-ils avoir confiance que si un premier répondant n’est pas déployé, une ambulance arrivera bel et bien en 30 minutes ? 

Santé Québec a déclaré à Radio-Canada que ce changement dans le protocole de déploiement des premiers répondants a été fait pour optimiser l’utilisation des ressources limitées, particulièrement dans les zones rurales, et pour réduire les risques associés aux déplacements d’urgence inutiles. Cette réponse offre un autre rappel de l’étendue de la déconnexion de la province avec les réalités des zones rurales, où de nombreuses personnes vivent à jusqu’à une heure d’un hôpital, mais probablement beaucoup plus près d’un premier répondant formé. 

C’est de soins de santé dont nous parlons. Intégré au terme que nous utilisons pour désigner ce service est un concept avec lequel Santé Québec semble avoir perdu le contact. Les soins ne sont pas simplement un diagnostic, une intervention chirurgicale ou la rédaction d’une ordonnance. Les soins, c’est tenir quelqu’un, lui parler, répondre à ses questions, l’aider à se sentir en sécurité. Cette approche peut sembler risible étant donné l’état actuel de notre système de santé, surtout en Outaouais, où nous n’avons souvent pas assez d’infirmières pour maintenir nos salles d’opération ouvertes. Mais dans ce contexte, les premiers répondants sont un moyen peu coûteux de fournir des soins essentiels, ou simplement d’aider les gens à se sentir pris en charge lorsqu’ils sont les plus vulnérables. Pourquoi les rétrograder ?

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